Aujourd'hui comme à l'aube de la révolution industrielle (Lafarge dans Le Droit à la paresse), en quoi le choix de la lenteur s'impose-t-il comme une position profondément humaniste et anti-capitaliste?

paresseux

Le paresseux d'Amazonie, par sa lenteur naturelle, se révèle être un exemple de qualité de vie et de respect d'autrui. Comment pouvons-nous encore penser que c'est dans le travail et le productivisme forcenés que se trouve le sens de notre vie ? Que ces valeurs garantiraient notre sécurité ?

 

"Il est surprenant, toujours selon le discours guerrier du Capital, que dans cette jungle amazonienne, survivent des paresseux si tant est que l'Amazonie soit à l'image de la jungle des affaires : sans pitié".

Le modèle capitaliste impose au Nord comme au Sud son idéologie productiviste et travailliste sans parvenir à enrayer la misère et les inégalités. Depuis des années, il s'appuie sur la "peur du vide" : la peur de l'absence d'activité et de biens matériels. Il nous confère une impression de fausse sécurité à travers ce matérialisme et ce culte du travail et de la vitesse.

Nous sommes certains de la civilité de l'Humanité aux antipodes de la barbarie animale, nous en oublions le fait que notre système est le plus inégalitaire et individualiste qui soit. La paresse est, à l'inverse, un moyen de respect de soi et d'autrui. Chez le paresseux, le calme et la langueur naturelle permettent à de minuscules insectes de vivre à plein temps dans son épaisse fourrure sans risquer d'être expulsés pour loyer impayé. De la même façon, nous pourrions croire que cette lenteur fait de lui un animal sans défense face à ses prédateurs, mais détrompons-nous : elle constitue au contraire un atout de taille lui permettant de s'accrocher aux branches les plus fines et fragiles sans risquer de les casser en paniquant.

 

Alors que tout est fait pour nous faire croire que la paresse est nuisible à l'Humanité, que c'est une attitude égoïste, nous voyons bien qu'elle constitue en fait une caractéristique noble et réfléchie. Le travail n'est qu'une tentative vaine de trouver refuge dans le monde de la marchandise et de l'exploitation de l'Homme par l'Homme. C'est une preuve de la peur de la réflexion et de l'inconnu, de la peur de vivre pleinement une vie bonne et poétique basée sur la solidarité et le respect d'autrui.

Ainsi, la chute de ce capitalisme destructeur de toute vertu humaine au nom du "Dieu Vitesse" ne pourra avoir de sens qu'avec ce choix de la lenteur.

Document source: Extrait de La Volonté de la paresse de Raoul Vaneigem, 2007, édition "l'or des fous"