L'"agriculture naturelle", opposée aux "agricultures scientifiques" a été théorisée par Masanobu Fukuoka, agriculteur philosophe japonais. Cette technique a été élaborée pendant 30 ans par cet homme avec pour objectif de créer une agriculture libre de toute énergie fossile, machines, produits chimiques, taille des arbres et travail du sol. Malgré cela, cette méthode nécessite beaucoup moins de travail que de coutume et a un rendement au moins équivalent à celui de l'agriculture scientifique.

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 Dans un premier temps, l'agriculture naturelle vient à contre courant de la pensée scientifique dominante dans la mesure où elle tente d'interpréter le monde dans son entier plutôt que de le disséquer, comme le font les scientifiques lancés dans leur course folle pour le progrès. La métaphore qui convient le mieux pour désigner les vaines tentatives de ces apôtres de la Science est celle de la grenouille au fond de son puis qui ne connaitra jamais rien d'autre que ce qu'elle peut percevoir, l'homme n'est capable de percevoir et de connaître qu'une infime partie du monde à travers sa subjectivité, pourtant, il prétend comprendre la nature et pouvoir l'exploiter. L'agriculture naturelle, au contraire, profite passivement de ce que lui donne la nature : en créant des successions et des associations de végétaux qui se complètent et en intervenant uniquement pour le semis et la récolte: elle part du principe que dans le monde végétal, les végétaux se succèdent sans répit et conservent la fertilité du sol par cette omniprésence.

Cette vision nouvelle d'une agriculture totalement indépendante et non contraignante pourrait être, cependant, contestée dans la mesure où elle suggère l'exploitation de petites surfaces, ce qui sous-entend forcément une production familiale. Ce modèle d'agriculture doit en fait s'envisager comme un modèle de société où tous ceux qui souhaitent un changement vers une société paisible et libéré du culte du travail doivent prendre part, c'est une philosophie de vie idéale et utopique.

L'opposition de l'agriculture naturelle avec la société travailliste et productiviste qui nous est offerte par le capitalisme est donc radicale mais, de la même manière qu'avec l'association "Slow food", la portée politique est moindre dans la mesure où cette philosophie ne donne par lieu à une suggestion politique.

 

SOURCE: Masanobu Fukuoka, L'Agriculture naturelle : Art du non-faire, Japan Publications, 1985