Le mouvement Slowfood : alternative à la barbarie capitaliste.

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Contrairement à la croissance économique, la barbarie capitaliste n'a pas de limites. Sa passion morbide pour la vitesse et pour le productivisme constitue son fer de lance. Ainsi, le mouvement Slowfood s'inscrit dans une démarche altermondialiste et anticapitaliste majeure, opposant une alimentation saine et de qualité aux fast food uniformes et insipides, une agriculture paysanne et autonome à une agriculture intensive polluante à la solde des industries agrochimiques, des villes conviviales et piétonnes aux métropoles polluées et bétonnées.

 Créé en 1986 en Italie par Carlo Pietrini, avec plus de 80 000 membres dans le monde, le mouvement Slowfood est un acteur majeur de l'écologie sociale et solidaire. Il se penche au départ sur cet acte fondamental de la vie qui est le fait de manger, en renouant le lien entre l'assiette et l'environnement social, économique et écologique et en éduquant au goût. Mais l'association s'attache aussi à la sauvegarde des patrimoines agronomiques et traditionnels, que l'uniformisation frénétique de notre mode de vie au nom du Dieu "progrès" méprise au plus haut point et s'arrange pour faire passer comme une préoccupation bourgeoise.

 Il serait réducteur de considérer l'association comme une simple réponse aux fast food par le choix d'un mode d'alimentation alternatif. La lenteur et la solidarité sont des choses bien plus profondes et authentiques, non récupérables par les nouveaux gourous de la bio qui prônent le respect de l'environnement tout en faisant l'éloge de la modernité et du scientisme.

L'alternative se trouve dans l'acceptation sereine des limites planétaires et dans le partage. L'idéologie dominante entretient tant bien que mal l'idée que grâce au progrès et aux nouvelles technologies, l'Homme a atteint le plus haut degré historique de liberté individuelle, or, il n'a fait que se créer des dépendances et exacerber ses désirs, il n'a toujours pas intégré l'art du "vivre ensemble" qui constitue la plus importante étape de son émancipation.

 Conformément à ces idéaux, les projets de la branche Slowfood "terra madre" concernent, outre la vulgarisation des bienfaits d'une consommation locale et durable, des actions concrètes et réellement utiles à l'égard des pays d'Afrique durement touchés par la corruption politique et les changements climatiques. Ainsi, l'association prévoit l'aide à la création de plus de mille jardins potagers dans les villages et périphéries de villes africaines, ce projet vise à promouvoir la sauvegarde de variétés locales de légumes et arbres fruitiers adaptées au climat africain mais aussi à lutter contre la famine et l'exode rural en redonnant toute sa valeur aux cultures vivrières et à une alimentation saine, fraîche, variée et non soumise aux spéculations financières.

Il est certain qu'en pensant nous guérir de notre passé honteux de colons, en inculquant notre mode de vie occidental non généralisable et égoïste aux pays dits "en développement" nous faisons exactement l'inverse et chassons la pauvreté pour créer la misère.

 

La lutte menée par Slowfood, aussi bien en Europe que dans les pays du sud, est une lutte juste et sans compromis. Il est cependant regrettable que l'association ne s'inscrive pas plus dans un réel projet d'écologie politique qui pourrait être une véritable parade à l'unilatéralisme désespérant des discours politiques actuels en occident. Car le fond du problème reste le manque d'engagement politique des partis altermondialistes.