Comment le modèle capitaliste parvient, chaque jour un peu plus, à imposer son rythme effréné au monde entier.

Avec l'invention de l'horloge mécanique, l'Homme est parvenu à dissocier nettement la dimension temps de celle de l'espace. Ainsi, en créant ce "temps artificiel", il a en même temps fait naître chez lui la volonté de rentabiliser son temps réel, y ajoutant une dimension haletante et anxiogène. L'industrialisation, l'urbanisation puis la mondialisation achèvent ce processus, avec aujourd'hui un éloge quasi unilatéral de la vitesse et de la techno-science.

 

"Dans les pays industrialisés, nous pouvons tous expérimenter cette "fuite du temps" paradoxale : plus les technologies de planification et d'organisation du temps sont raffinées, moins nous avons le sentiment d'"avoir du temps pour soi et plus nous courons pour le rattraper"

Il en est ainsi de l'oganisation globale de notre mode de vie, et ce, depuis l'industrialisation, où les machines étaient sensées libérer l'Homme de son labeur. La mondialisation ne fait que réitérer ce mensonge grâce à la délocalisation du travail dans les pays du Sud: Aujourd'hui enfin, les classes moyennes occidentales peuvent consacrer un temps nouveau à la consommation et à l'accumulation d'objets inutiles, les activités de manufacture et de pillage des ressources naturelles ayant été confiées à ces pays "en développement" disposant de main-d'oeuvre bon marché et de ressources naturelles.

 La magie opérée ici par le capitalisme réside dans cette double utilisation du temps couplant le travail et la consommation en deux activités essentielles et fondatrices de l'Homme moderne. Combien de fois pouvons-nous lire dans les journaux, entendre à la radio ou dans les médias de masse à quelle point la consommation est l'essence même de notre modèle économique, qu'il faut augmenter les heures de travail pour augmenter les salaires alors que plus de 10% de la population française est au chômage ! De cette "consommation", découle aujourd'hui des divertissement de masse : films/jeux vidéos/musiques grand public, qui constitue une contre-culture abrutissante et uniforme. Cette industrie du divertissement a alors le double intérêt de permettre à de grands groupes financiers d'engranger de grosses sommes tout en garantissant la mise à mort de l'éveil poétique et culturel de la jeunesse. Il est par exemple évident que des "goupes de musique" tels que Rhianna ou Lady Gaga n'ont aucune dimension artistique et peuvent être considérés objectivement comme des "musiques de consommation" abrutissantes.

Il ne sera jamais assez dit que notre société est la saturation même : bien que nous tentions sans cesse de gagner un maximum de temps dans ce que nous faisons, nous ne supportons plus l'inactivité et la moindre minute non "utilisée" nous paraît insupportable...pire encore, cette société blâme et marginalise ceux qui ne partagent pas à cette vision des choses.

 Il est ainsi naturel de penser que la meilleure solution à cette dictature idéologique de la vitesse est une réappropriation du temps long, du temps consacré à la contemplation, à la songerie poétique, au sommeil, à la pratique et à l'écoute musicales attentives, à l'alimentation ou encore à l'écoute d'un proche.

Document source : Article de Bernard Legros : "Décélération générale" publié dans La Décroissance N°83 "La vitesse à la casse ! ", 2011.