La vitesse à la casse!

19 septembre 2011

Mondialisation, uniformisation et vitesse

La mondialisation est un processus entamé depuis les grandes découvertes, dès lors que les pays occidentaux se sont imposés comme conquérants des territoires découverts, certains de leur supériorité culturelle, intellectuelle et technique. S'ensuit une exploitation des denrées et ressources rares présentes sur ces terres colonisées, puis une augmentation des échanges internationaux. La découverte du pétrole va intensifier sensiblement cette tendance et l'or noir va rapidement devenir le pilier de la mondialisation telle qu'elle existe aujourd'hui. La décolonisation du monde après la Seconde Guerre Mondiale va céder place à un néo-colonialisme officieux permis grâce à l'instauration de dictatures dans les pays décolonisés.

Ainsi, aujourd'hui le capitalisme auquel nous prenons part se présente comme démocratique et policé, alors même qu'il tente de s'imposer au monde entier par tous les moyens, son but ultime étant l'uniformisation de l'Humanité. Nous voilà donc sous perfusion de pétrole permanente, apparemment impuissants devant l'augmentation du nombre de nos dépendances matérielles. Les changements qu'a connus notre société suite à cette mondialisation effrénée sont énormes et, aujourd'hui encore, les choses évoluent de plus en plus vite : l'urbanisation gagne sensiblement du terrain chaque jour, les supermarchés prennent la place des artisans, sont de plus en plus gros et nombreux, les objets ont une durée de vie de plus en plus courte (obsolescence programmée), la voiture individuelle est devenue la norme, la mobilité est devenue un atout indispensable pour trouver un emploi : il faut sans cesse bouger.

Au final, cette peur de l'immobilité, de l'inactivité pourrait être comparée à la peur de la mort, peur instaurée et entretenue par le capitalisme qui a besoin de ce mouvement constant pour exister. En quoi le culte de la vitesse peut-il être considéré comme un pilier du capitalisme ? En quoi la lenteur s'impose-t-elle comme une alternative efficace ?

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29 septembre 2011

Les Temps modernes, une peinture réaliste du capitalisme

 "Les Temps modernes" est un film qui montre à merveille l'aliénation que constitue l'obsession de la vitesse de travail au service du productivisme. A travers une critique quasiment ouverte du cinéma parlant, Chaplin critique aussi le capitalisme et dans une scène du début du film, plus particulièrement la vitesse et l'absence de réflexion demandées aux ouvriers des usines.

 moderntimes

La toute première image du film nous éclaire sur la vision du réalisateur :  la juxtaposition d'un plan d'une foule marchant dans la même direction avec un plan d'un troupeau de moutons faisant de même. La figure de style a des grosses ficelles mais n'en est pas moins réaliste et convainquante : le travail, si minable soit-il, devient un privilège dans l'opinion publique et les Hommes sont prèts à se marcher dessus pour être les premiers servis. L'aliénation et l'abrutissement qu'il fait subir aux Hommes sont acceptés et supportés comme si aucune autre alternative n'était possible. Charlot incarne l'exception à la règle quand il quitte la chaîne de montage pour se reposer tandis que ses collègues restent, tels des robots, dans la même position. Il prouve également de manière efficace leur aliénation quand il parvient à les empêcher de se ruer sur lui en accélérant le rythme de la chaîne, profitant de leur obsession du travail pour leur échapper : ils sont effectivement pris au piège de leur travail.

Là encore, la paresse passe pour un individualisme auprès des autres ouvriers, pour le refus de prendre part à cette société morbide où la suractivité est la norme. La stupidité de l'activité de la chaîne de montage n'a d'égale que les moyens mis en oeuvre par les patrons d'usine pour faire gagner du temps aux ouvriers : supprimer le temps passé à manger grâce à une "machine à faire manger" qui leur permet de travailler sans répit. Le disfonctionnement de celle-ci symbolise la vanité de cette quète du "toujours plus", de cette croissance sans fin du temps passé au travail.

Le sens profond de cet attitude qui caractérise précisément la tendance dominante de notre société est la chosification de l'Homme au service du Capital : l'Homme ne devient qu'une force de travail destinée à produire le plus possible le plus vite possible (Fordisme et Taylorisme). Comme Chaplin le montre à la suite du film, les machines, plutôt que de libérer l'Homme, l'emprisonnent dans leur complexité et leur dangerosité: Charlot sera d'ailleurs avalé par mégarde par l'une d'elle.

Le progrès technologique a pris une telle ampleur que, de nos jours, les Hommes ne sont plus maîtres de l'environnement matériel qu'ils se sont créé, les modes poussent tout un chacun à vénérer la machine, à y voir une condition essentielle de la vie, l'obsolescence programmée des objets conduit à une accélération des innovations technologiques, à une exploitation toujours plus intensive des ressources humaines et environementales des pays du Sud. Le sens du film de Charles Chaplin est d'autant plus applicable à notre temps que l'alternative proposée est la passion amoureuse, la joie de vivre simplement et le rejet du matérialisme.

 Source : Les Temps modernes, Charles Chaplin, 1936.

16 octobre 2011

Le bébé chosifié

Ou comment la publicité, plus provocante que jamais, peut dégrader l'image de la tendre enfance en l'assimilant à la machine nouvelle génération.

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 La publicité sait se servir de tous les moyens possibles pour faire passer ses messages de propagande consumériste. Nous savons qu'elle chosifie abondamment l'image de l'homme et de la femme pour parvenir à ses fins, mais ici l'atteinte portée aux valeurs morales est plus grave encore, car c'est le bébé qui sert de métaphore à un nouveau modèle de moto, réduisant l'Homme à la machine, bafouant le respect de la tendre enfance.

 

Une impression de violence se dégage d'abord de cette image, l'aspect agressif du véhicule fait écho dans l'image tout entière, cette publicité cherche à conférer cette impression, choisit ainsi son public : dans un monde où l'avoir compte plus que l'être, il faut savoir se faire respecter.

L'image nous montre donc un bébé avec une tétine qui nous regarde droit dans les yeux d'un air (que l'on peut interpréter uniquement grâce au contexte) de défiance. Un montage photo nous donne l'impression que ses poings démesurés sont serrés et brandis sur nous. Sur ses doigts les inscriptions "love" et "hate", en haut à droite de l'image le logo de BMW et en bas à droite, la moto vantée par la publicité. Enfin, en bas à gauche en petit, le slogan de la pub "the new generation has arrived" qui signifie "la nouvelle génération est arrivée".

L'image introduit ici une métaphore permise grâce au double emploi de l'expression "nouvelle génération" qui est utilisé pour les objets matériels comme pour l'Homme. La métaphore met donc en scène ses deux comparés, à savoir le bébé et la moto. Nous pouvons avoir des doutes quant à l'interprétation voulue mais il paraît évident que le bébé symbolise ici la nouveauté et la naissance. Sa fragilité, sa douceur et son innocence sont occultés. Nous pouvons également penser que le bébé représente le "biker" visé par l'image, notamment grâce à ses poings serrés et à ses tatouages : la référence à La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1956) placerait alors le bébé en position de force face à son agresseur. Dans tous les cas, la métaphore prend ici racine dans cet age tendre de la vie. La publicité tente d'associer le bébé à un véhicule laid, bruyant et agressif, profite de l'innocence du plus jeune age de la vie, comme elle pervertit l'esprit des enfants plus agés.

Le capitalisme voit en l'enfance non seulement un marché énorme mais une masse à conformiser, de cerveaux malléables à souhait et victimes souvent de l'insouciance de parents trop occupés pour éduquer convenablement leurs enfants. Sur cette publicité, l'image de l'enfant est sacrifiée pour le Moloch capitaliste. Dans notre société, il faut devenir adulte vite, le temps de l'enfance n'est pas respecté comme il devrait l'être. La petite enfance est un peu le passage obligatoire où l'on ne sert à rien au Capital : pas de désirs consommateurs, pas de pouvoir d'achat, simplement des besoins basiques. Cette publicité nous montre que si le bébé n'est pas capable de consommer des objets inutiles et nuisibles, il peut en faire la promotion par son image et ce qu'il symbolise.

Document source : Affiche publicitaire de BMW pour une moto, source : Internet.

 

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18 novembre 2011

Manger ? C'est dépassé avec Mcdo !

La chaîne de fast food "McDonald's" a, depuis toujours, été l'un des symboles principaux de la mondialisation et du capitalisme. Aujourd'hui cette multinationale est présente dans le monde entier et son capital s'élève à plusieurs milliards de dollars. Le fait que cette chaîne connaisse un tel succès montre bien à quel point la tendance va vers une uniformisation du goût et une perte d'intérêt envers les aliments que nous consommons.

Cette image fait partie d'une campagne de publicité à caractère métalinguistique: une référence au dernier film grand public du moment servant à chaque fois l'image de "Mcdo express", le service encore plus rapide que le fast food classique, permettant au client de prendre sa commande sans sortir de sa voiture. En l'occurence, il s'agit d'une référence aux films Taxi, véritables éloges de la vitesse, de l'extrême, du libéral-libertarisme qui se croit contestataire mais ne fait que servir la cause du système. A bord du taxi de Sami Nacéri, l'acteur héros des films, le client est super-puissant, tous les effets de style conduisent à ériger la vitesse en pouvoir absolu, McDonald's a ici la capacité de servir cette rapidité, de la transmettre (par le bras tendu du serveur). Enfin, le slogan "venez comme vous êtes" donne bien l'idée de l'universalité de la chaîne de restaurant, il peut être simplement traduit en: "tout le monde est capable de consommer".

Selon des études françaises récentes, la population occidentale consacre de moins en moins de temps à manger, le repas de midi en particulier, qui rogne sans doute trop sur le travail journalier, est de plus en plus souvent négligé. La place consacrée à l'alimentation dans nos vies s'est sensiblement réduite depuis le début de la société de consommation tant au niveau budget qu'au niveau du temps consacré à l'activité de manger. Si bien que cette activité vient naturellement s'entre-mêler avec d'autres : le travail, le transport... comme si cette tâche était ingrate, une obligation pénible et contraignante.

Nous sommes une drôle d'espèce dans le règne animal. La majorité des êtres vivants partagent leur temps entre la quète de nourriture et le repos : respectivement le chat dort 80% de sa vie et le cheval broute 80% de sa vie. Nous, êtres de conscience, ne pouvons nous rabaisser à ce niveau, il nous faut travailler plus, produire plus, accumuler des richesses pour montrer notre supériorité, souiller la terre, l'air et les eaux ! Notre conscience doit nous élever au-dessus du règne animal, nous donner la puissance du taxi de l'image, nous devons être des cyborgs insensibles à la mort et aux sentiments : l'acte de manger est donc, d'office, une obligation contraignante.

A titre personnel, je vois là un manque de respect pour notre corps, notre vie, un égoïsme bien pire que celui associé systématiquement au comportement animal.

Source: Internet, publicité créée par BETC pour McDonald's, 2011

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16 décembre 2011

Le temps artificiel de l'horloge

Comment le modèle capitaliste parvient, chaque jour un peu plus, à imposer son rythme effréné au monde entier.

Avec l'invention de l'horloge mécanique, l'Homme est parvenu à dissocier nettement la dimension temps de celle de l'espace. Ainsi, en créant ce "temps artificiel", il a en même temps fait naître chez lui la volonté de rentabiliser son temps réel, y ajoutant une dimension haletante et anxiogène. L'industrialisation, l'urbanisation puis la mondialisation achèvent ce processus, avec aujourd'hui un éloge quasi unilatéral de la vitesse et de la techno-science.

 

"Dans les pays industrialisés, nous pouvons tous expérimenter cette "fuite du temps" paradoxale : plus les technologies de planification et d'organisation du temps sont raffinées, moins nous avons le sentiment d'"avoir du temps pour soi et plus nous courons pour le rattraper"

Il en est ainsi de l'oganisation globale de notre mode de vie, et ce, depuis l'industrialisation, où les machines étaient sensées libérer l'Homme de son labeur. La mondialisation ne fait que réitérer ce mensonge grâce à la délocalisation du travail dans les pays du Sud: Aujourd'hui enfin, les classes moyennes occidentales peuvent consacrer un temps nouveau à la consommation et à l'accumulation d'objets inutiles, les activités de manufacture et de pillage des ressources naturelles ayant été confiées à ces pays "en développement" disposant de main-d'oeuvre bon marché et de ressources naturelles.

 La magie opérée ici par le capitalisme réside dans cette double utilisation du temps couplant le travail et la consommation en deux activités essentielles et fondatrices de l'Homme moderne. Combien de fois pouvons-nous lire dans les journaux, entendre à la radio ou dans les médias de masse à quelle point la consommation est l'essence même de notre modèle économique, qu'il faut augmenter les heures de travail pour augmenter les salaires alors que plus de 10% de la population française est au chômage ! De cette "consommation", découle aujourd'hui des divertissement de masse : films/jeux vidéos/musiques grand public, qui constitue une contre-culture abrutissante et uniforme. Cette industrie du divertissement a alors le double intérêt de permettre à de grands groupes financiers d'engranger de grosses sommes tout en garantissant la mise à mort de l'éveil poétique et culturel de la jeunesse. Il est par exemple évident que des "goupes de musique" tels que Rhianna ou Lady Gaga n'ont aucune dimension artistique et peuvent être considérés objectivement comme des "musiques de consommation" abrutissantes.

Il ne sera jamais assez dit que notre société est la saturation même : bien que nous tentions sans cesse de gagner un maximum de temps dans ce que nous faisons, nous ne supportons plus l'inactivité et la moindre minute non "utilisée" nous paraît insupportable...pire encore, cette société blâme et marginalise ceux qui ne partagent pas à cette vision des choses.

 Il est ainsi naturel de penser que la meilleure solution à cette dictature idéologique de la vitesse est une réappropriation du temps long, du temps consacré à la contemplation, à la songerie poétique, au sommeil, à la pratique et à l'écoute musicales attentives, à l'alimentation ou encore à l'écoute d'un proche.

Document source : Article de Bernard Legros : "Décélération générale" publié dans La Décroissance N°83 "La vitesse à la casse ! ", 2011.

16 février 2012

Le paresseux: anomalie de la Création?

Aujourd'hui comme à l'aube de la révolution industrielle (Lafarge dans Le Droit à la paresse), en quoi le choix de la lenteur s'impose-t-il comme une position profondément humaniste et anti-capitaliste?

paresseux

Le paresseux d'Amazonie, par sa lenteur naturelle, se révèle être un exemple de qualité de vie et de respect d'autrui. Comment pouvons-nous encore penser que c'est dans le travail et le productivisme forcenés que se trouve le sens de notre vie ? Que ces valeurs garantiraient notre sécurité ?

 

"Il est surprenant, toujours selon le discours guerrier du Capital, que dans cette jungle amazonienne, survivent des paresseux si tant est que l'Amazonie soit à l'image de la jungle des affaires : sans pitié".

Le modèle capitaliste impose au Nord comme au Sud son idéologie productiviste et travailliste sans parvenir à enrayer la misère et les inégalités. Depuis des années, il s'appuie sur la "peur du vide" : la peur de l'absence d'activité et de biens matériels. Il nous confère une impression de fausse sécurité à travers ce matérialisme et ce culte du travail et de la vitesse.

Nous sommes certains de la civilité de l'Humanité aux antipodes de la barbarie animale, nous en oublions le fait que notre système est le plus inégalitaire et individualiste qui soit. La paresse est, à l'inverse, un moyen de respect de soi et d'autrui. Chez le paresseux, le calme et la langueur naturelle permettent à de minuscules insectes de vivre à plein temps dans son épaisse fourrure sans risquer d'être expulsés pour loyer impayé. De la même façon, nous pourrions croire que cette lenteur fait de lui un animal sans défense face à ses prédateurs, mais détrompons-nous : elle constitue au contraire un atout de taille lui permettant de s'accrocher aux branches les plus fines et fragiles sans risquer de les casser en paniquant.

 

Alors que tout est fait pour nous faire croire que la paresse est nuisible à l'Humanité, que c'est une attitude égoïste, nous voyons bien qu'elle constitue en fait une caractéristique noble et réfléchie. Le travail n'est qu'une tentative vaine de trouver refuge dans le monde de la marchandise et de l'exploitation de l'Homme par l'Homme. C'est une preuve de la peur de la réflexion et de l'inconnu, de la peur de vivre pleinement une vie bonne et poétique basée sur la solidarité et le respect d'autrui.

Ainsi, la chute de ce capitalisme destructeur de toute vertu humaine au nom du "Dieu Vitesse" ne pourra avoir de sens qu'avec ce choix de la lenteur.

Document source: Extrait de La Volonté de la paresse de Raoul Vaneigem, 2007, édition "l'or des fous"

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02 avril 2012

L'association altermondialiste Slow food

 

Le mouvement Slowfood : alternative à la barbarie capitaliste.

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Contrairement à la croissance économique, la barbarie capitaliste n'a pas de limites. Sa passion morbide pour la vitesse et pour le productivisme constitue son fer de lance. Ainsi, le mouvement Slowfood s'inscrit dans une démarche altermondialiste et anticapitaliste majeure, opposant une alimentation saine et de qualité aux fast food uniformes et insipides, une agriculture paysanne et autonome à une agriculture intensive polluante à la solde des industries agrochimiques, des villes conviviales et piétonnes aux métropoles polluées et bétonnées.

 Créé en 1986 en Italie par Carlo Pietrini, avec plus de 80 000 membres dans le monde, le mouvement Slowfood est un acteur majeur de l'écologie sociale et solidaire. Il se penche au départ sur cet acte fondamental de la vie qui est le fait de manger, en renouant le lien entre l'assiette et l'environnement social, économique et écologique et en éduquant au goût. Mais l'association s'attache aussi à la sauvegarde des patrimoines agronomiques et traditionnels, que l'uniformisation frénétique de notre mode de vie au nom du Dieu "progrès" méprise au plus haut point et s'arrange pour faire passer comme une préoccupation bourgeoise.

 Il serait réducteur de considérer l'association comme une simple réponse aux fast food par le choix d'un mode d'alimentation alternatif. La lenteur et la solidarité sont des choses bien plus profondes et authentiques, non récupérables par les nouveaux gourous de la bio qui prônent le respect de l'environnement tout en faisant l'éloge de la modernité et du scientisme.

L'alternative se trouve dans l'acceptation sereine des limites planétaires et dans le partage. L'idéologie dominante entretient tant bien que mal l'idée que grâce au progrès et aux nouvelles technologies, l'Homme a atteint le plus haut degré historique de liberté individuelle, or, il n'a fait que se créer des dépendances et exacerber ses désirs, il n'a toujours pas intégré l'art du "vivre ensemble" qui constitue la plus importante étape de son émancipation.

 Conformément à ces idéaux, les projets de la branche Slowfood "terra madre" concernent, outre la vulgarisation des bienfaits d'une consommation locale et durable, des actions concrètes et réellement utiles à l'égard des pays d'Afrique durement touchés par la corruption politique et les changements climatiques. Ainsi, l'association prévoit l'aide à la création de plus de mille jardins potagers dans les villages et périphéries de villes africaines, ce projet vise à promouvoir la sauvegarde de variétés locales de légumes et arbres fruitiers adaptées au climat africain mais aussi à lutter contre la famine et l'exode rural en redonnant toute sa valeur aux cultures vivrières et à une alimentation saine, fraîche, variée et non soumise aux spéculations financières.

Il est certain qu'en pensant nous guérir de notre passé honteux de colons, en inculquant notre mode de vie occidental non généralisable et égoïste aux pays dits "en développement" nous faisons exactement l'inverse et chassons la pauvreté pour créer la misère.

 

La lutte menée par Slowfood, aussi bien en Europe que dans les pays du sud, est une lutte juste et sans compromis. Il est cependant regrettable que l'association ne s'inscrive pas plus dans un réel projet d'écologie politique qui pourrait être une véritable parade à l'unilatéralisme désespérant des discours politiques actuels en occident. Car le fond du problème reste le manque d'engagement politique des partis altermondialistes.

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22 mai 2012

Fukuoka et l'agriculture du "non-agir"

L'"agriculture naturelle", opposée aux "agricultures scientifiques" a été théorisée par Masanobu Fukuoka, agriculteur philosophe japonais. Cette technique a été élaborée pendant 30 ans par cet homme avec pour objectif de créer une agriculture libre de toute énergie fossile, machines, produits chimiques, taille des arbres et travail du sol. Malgré cela, cette méthode nécessite beaucoup moins de travail que de coutume et a un rendement au moins équivalent à celui de l'agriculture scientifique.

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 Dans un premier temps, l'agriculture naturelle vient à contre courant de la pensée scientifique dominante dans la mesure où elle tente d'interpréter le monde dans son entier plutôt que de le disséquer, comme le font les scientifiques lancés dans leur course folle pour le progrès. La métaphore qui convient le mieux pour désigner les vaines tentatives de ces apôtres de la Science est celle de la grenouille au fond de son puis qui ne connaitra jamais rien d'autre que ce qu'elle peut percevoir, l'homme n'est capable de percevoir et de connaître qu'une infime partie du monde à travers sa subjectivité, pourtant, il prétend comprendre la nature et pouvoir l'exploiter. L'agriculture naturelle, au contraire, profite passivement de ce que lui donne la nature : en créant des successions et des associations de végétaux qui se complètent et en intervenant uniquement pour le semis et la récolte: elle part du principe que dans le monde végétal, les végétaux se succèdent sans répit et conservent la fertilité du sol par cette omniprésence.

Cette vision nouvelle d'une agriculture totalement indépendante et non contraignante pourrait être, cependant, contestée dans la mesure où elle suggère l'exploitation de petites surfaces, ce qui sous-entend forcément une production familiale. Ce modèle d'agriculture doit en fait s'envisager comme un modèle de société où tous ceux qui souhaitent un changement vers une société paisible et libéré du culte du travail doivent prendre part, c'est une philosophie de vie idéale et utopique.

L'opposition de l'agriculture naturelle avec la société travailliste et productiviste qui nous est offerte par le capitalisme est donc radicale mais, de la même manière qu'avec l'association "Slow food", la portée politique est moindre dans la mesure où cette philosophie ne donne par lieu à une suggestion politique.

 

SOURCE: Masanobu Fukuoka, L'Agriculture naturelle : Art du non-faire, Japan Publications, 1985

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24 mai 2012

M.Hulot et le désordre temporel

Jacques Tati, cinéaste français né en 1907 et unique en son genre, réalisait Les vacances de M.Hulot en 1953. Avec Jour de Fête sorti en premier en 1949, Mon Oncle en 1958 et Playtime en 1967 il constitue un constat innocent de l'environnement post-industriel des 30 glorieuses. Grâce à M.Hulot il semble prendre un plaisir malin à ennuyer le spectateur de scènes qui n'en finissent plus ou qui sont sans liens, de dialogues vains et inintellégibles. Dans un registre qui reste comique il modèle une matière bon marché et dont personne ne veut, le temps. Un jeu pour lui, sans doute plus qu'un pari.

 

Le premier trait de ce film s'exprime dans sa durée, non pas réelle mais ressentie, les 96 minutes paraissent formidablement plus longues. Ceci ne semblait pas poser problème pour l'époque de sa sortie car si l'on en croit les écrits d'André Bazin, critique cinématographique, Jour de Fête "dont aucun distributeur ne voulait [...] fut le best-seller de l'année" . Mais voilà que, quatre ans après, "son second film,qui loin de souffrir de la comparaison, relègue Jour de Fête à l'état de brouillon élémentaire."

Aujourd'hui il est inenvisageable pour un tel film d'avoir un quelconque succès. Tout d'abord parcqu'il serait noyé au fond de l'océan indigeste des sorties cinématographiques internationales. Ensuite parce que plus spécifiquement il serait étouffé par les productions à gros budget en provenance principalement des Etats-unis et qui occupent un public de masse. Enfin, et le lien est évident, parce que les goûts se sont uniformisés. Ainsi dans ce qui ne reste plus qu'un misérable passe-temps, une sorte de défouloir pour marionnettes surmenées, l'action mais surtout la rapidité dans l'enchaînement des scènes et la surcharge de la bande sonore sont parmis les clefs du "bon" film. Le goût du jour est à la négation du temps qui peu à peu s'écoule, aussi bien le temps interne au film que celui à l'extérieur, dans notre réalité. L'espace temps doit être rempli, gavé, par une succession d'actions (car tout y compris les dialogues se résume à de l'action). Il est aisé d'apercevoir dans le cinéma lucratif le reflet de notre société boulémique, incapable de s'asseoir un moment pour réfléchir.

Nos journées, nos vies doivent être bien remplies pour mériter, non pas une retraite, mais ne serait-ce qu'une place dans la société. Impossible donc, de rester assis à contempler les choses de la vie qui se déroulent lentement mais sûrement, sans tapoter du pied puis se lever à bout de nerfs pour aller fumer une cigarette.

Ici presqu'aucune parole. Si l'oreille n'est pas attentive elle ne percevra qu'un "magma sonore" avec quelques "bribes de phrases". En réalité "les dialogues ne sont point incompréhensibles mais insignifiants et leur insignifiance est révélée par leur précision même." Ainsi toujours selon Bazin "davantage que l'image la bande sonore donne au film son épaisseur temporelle."

Le second trait qui a pu être mis en avant est l'absence de réelle histoire, de scénario. Et il ne saurait y en avoir puisque "Jamais, le temps n'avait à ce point été la matière première, presque l'objet même du film". Or si l'on suit le cours du temps il n'y a ni commencement, ni fin, ni lien entre chaque événement ou moment. D'ailleurs il nous est impossible de délimiter le temps. Pourtant c'est toujours ce que nous cherchons à faire par la volonté du capital, réglés que nous sommes sur nos horloges ou emplois du temps de travail, et non sur le rythme des saisons, de la lune ou de nos humeurs.

Le film se déroule donc sans intrigue, le long principalement d'une plage et le temps d'une saison estivale. M.Hulot sort de nulle part, il sort aussi du temps, et arrive en ces lieux convoités le 1er juillet par l'Homme soudain devenu vacancier lorsqu' "enfin s'arrêtent les horloges pointeuses et que se forme [...] un temps provisoire, entre parenthèses". "Dans cet univers en vacances les actes chronométrés prennent une allure absurde. Seul M.Hulot n'est jamais à l'heure nulle part, parce qu'il est seul à vivre la fluidité de ce temps où les autres s'acharnent à rétablir un ordre vide".

Seul? Non car il y a les enfants. C'est aussi à travers eux que M.Hulot s'exprime, il ne les étonne pas et leur ressemble dans sa timidité, sa grace et son innocence. "C'est qu'eux seuls n'accomplissent pas ici un "devoir de vacances"." Les autres symbolisent les prémices de la mondialisation en consommant presque leurs vacances comme s'il s'agissait d'un Coca Cola.

Difficile d'imaginer un homme piégé dans le sérieux de son bureau et de ses heures comptées. Voilà sans doute la raison pour laquelle il paraît décalé, toujours innoportun et plannant légèrement sur le souffle chaud du temps qui passe. "Le propre de M.Hulot semble être de n'oser pas exister tout à fait. Mais naturellement cette légèreté de touche sur le monde sera précisément la cause de toutes les catastrophes, car elle ne s'applique jamais selon les règles des convenances et de l'efficacité sociale. Il est la preuve que l'imprévu peut toujours survenir et troubler l'ordre des imbéciles." Hulot n'a pas peur du temps car il ne le perd jamais de vue, il vit avec et le ressent en son propre intérieur. Or tout le monde sait que l'inconnu effraie. L'excès de vitesse est un gouffre inconnu qui fait peur à ceux qui n'en sont pas aveuglés.

Une ode, peut-être, à l'enfance qu'il ne faut ni raccourcir ni en négliger l'esprit qui ne connaît pas les règles du temps, qui aime son tendre désordre et qui respecte les dimensions de son être.

Source: André Bazin, Qu'est-ce que le cinéma ? , éditions du cerf, 1985

 

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